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C’est la question que l’on pose le moins et qui pèse le plus sur un achat en régime hôtelier : vous êtes propriétaire d’un hébergement posé sur un terrain qui ne vous appartient pas, et votre droit d’y rester tient à un contrat signé avec une entreprise. Si cette entreprise cesse de payer ses dettes, vend le parc ou décide de ne plus louer, que se passe-t-il ? Le droit répond, et ses réponses sont moins brutales qu’on ne le craint, à condition de connaître trois choses : la procédure collective ne met pas fin à votre contrat, vos créances se déclarent dans un délai court, et la protection de votre droit d’occuper dépend de ce que votre contrat dit et de la date qu’il porte.
Cette page prend les situations une à une, régime hôtelier d’abord, parc à cession ensuite, résidence de tourisme enfin, et termine par ce qu’il faut vérifier avant d’acheter pour ne pas dépendre de la chance. Elle ne raconte aucun cas, parce qu’aucune statistique publique ne décrit les défaillances d’exploitants de parcs, et elle s’en tient aux textes.
Régime hôtelier : l’exploitant est en sauvegarde, en redressement ou en liquidation
Première règle, la plus importante : l’ouverture d’une procédure collective ne résilie pas votre contrat d’emplacement. Aucune résiliation ni résolution d’un contrat en cours ne peut résulter du seul fait de l’ouverture d’une procédure de sauvegarde, nonobstant toute clause contraire (Code de commerce, article L. 622-13), et la même règle s’applique en redressement et en liquidation judiciaires (article L. 641-11-1). Votre contrat continue donc, et vous continuez de devoir la redevance pour la période en cours : c’est l’administrateur ou le liquidateur qui a seul la faculté d’exiger ou non la poursuite des contrats en cours, et qui peut y mettre fin s’il ne dispose pas des fonds pour fournir la prestation. Ne cessez pas de payer de votre propre initiative : un impayé de votre part est un motif de résiliation que la procédure n’efface pas.
Deuxième règle : ce que l’exploitant vous devait avant le jugement d’ouverture ne se réclame plus à lui, mais se déclare. Un dépôt de garantie, une redevance payée d’avance pour une période où le parc n’a pas fourni ses services, une indemnité convenue, tout cela est une créance née avant le jugement, que vous adressez au mandataire judiciaire dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (articles L. 622-24 et R. 622-24). Passé ce délai, la créance est éteinte sauf relevé de forclusion, rarement accordé. La déclaration se fait par écrit, au mandataire dont le nom figure dans l’annonce, avec le montant, la nature de la créance et les pièces : contrat, quittances, courriers. Elle peut être faite par vous-même, sans avocat.
Troisième règle : en liquidation, le parc est vendu, en bloc ou par lots, et c’est là que votre contrat est le plus exposé. Si le terrain est vendu, l’acquéreur ne peut pas expulser le locataire dont le bail est authentique ou a date certaine, sauf s’il s’agit de biens non ruraux et que le bailleur s’était réservé ce droit dans le bail (Code civil, article 1743). Un contrat d’emplacement sous seing privé, signé entre vous et l’exploitant, n’a pas de date certaine par lui-même : il l’acquiert par l’enregistrement, ou par sa mention dans un acte authentique. Et beaucoup de contrats d’emplacement contiennent précisément la clause par laquelle l’exploitant se réserve le droit de ne pas poursuivre en cas de vente. Lisez cette clause avant d’acheter : elle vaut plus que tout le reste le jour où le parc change de mains.
Régime hôtelier : le parc est vendu, ou l’exploitant ne renouvelle pas
Hors procédure collective, la vente du parc par l’exploitant obéit aux mêmes textes : l’article 1743 protège le locataire dont le bail a date certaine, sous la même réserve de clause contraire, et dans un plan de cession arrêté par le tribunal, ce sont les contrats de location et de fourniture nécessaires au maintien de l’activité qui sont transférés au repreneur, aux conditions en vigueur au jour de l’ouverture de la procédure (Code de commerce, article L. 642-7). En pratique, un repreneur qui veut continuer à exploiter le parc a besoin de ses occupants et reprend les contrats ; un repreneur qui veut changer de modèle, convertir en location touristique ou fermer, ne les reprend pas, et c’est le contrat qui dit ce qui vous est dû.
Le non-renouvellement à l’échéance est le cas le plus fréquent, et le moins encadré. La notice d’information remise avant la signature doit préciser les conditions de renouvellement et, si vous avez participé aux frais d’installation de votre hébergement, les conditions d’indemnisation en cas de non-renouvellement à l’initiative du gestionnaire (arrêté du 17 février 2014, annexe II) ; les modalités de résiliation anticipée, frais et préavis, doivent y figurer aussi (arrêté du 24 décembre 2014, article 3). En dehors de ce que votre contrat prévoit, aucun texte ne vous garantit un préavis minimal ni une indemnité. Ce qui reste alors, c’est un hébergement à déplacer ou à vendre à un acheteur qui l’emportera, et un coût de transport, de dépose et de repose que la page transport, pose et raccordement décrit poste par poste. Un hébergement qui a dépassé l’âge limite des parcs voisins ne trouvera pas d’emplacement : la fin de vie d’un mobil-home est traitée sur la fin de vie d’un mobil-home.
Parc à cession : la parcelle reste à vous, les équipements communs sont la question
En parc à cession, la défaillance de l’exploitant ne touche pas votre parcelle : elle est à vous, par acte notarié, et personne ne peut vous en déloger. Ce qui est exposé, ce sont les équipements communs, voirie, réseaux, piscine, bâtiment d’accueil, et les services. Si ces équipements ont été transférés à l’association syndicale des propriétaires, comme le prévoit le montage normal d’un parc à cession, ils sont hors de la liquidation du promoteur ou de l’exploitant : l’association, dont vous êtes membre de plein droit, les gère, vote le budget et recrute, s’il le faut, un autre prestataire pour l’entretien ou l’accueil. Si le transfert n’a jamais été fait, les équipements appartiennent encore au promoteur et entrent dans sa liquidation, avec le risque qu’ils soient vendus séparément ou laissés sans entretien.
Ce point se vérifie avant d’acheter, dans l’acte de vente et les statuts de l’association : qui est propriétaire de la voirie et des réseaux, et depuis quand. Il se vérifie aussi quand un prestataire de services fait défaut : le contrat est celui de l’association, et c’est en assemblée qu’il se remplace. Le fonctionnement de l’association est sur l’association syndicale d’un PRL, et les cas d’un parc mal géré ou non conforme sur parc non conforme, promesses floues.
Résidence de tourisme : le bail commercial et les loyers
Si vous avez acheté un hébergement loué à un exploitant par bail commercial, dans une résidence de tourisme ou un parc exploité sur ce modèle, la défaillance de l’exploitant est d’abord celle d’un locataire qui ne paie plus ses loyers. Les loyers impayés avant le jugement se déclarent comme toute créance, dans les deux mois ; le bail continue, et l’administrateur décide de le poursuivre ou d’y mettre fin ; en cas de cession, le bail peut être transféré au repreneur. Ce modèle, ses avantages fiscaux et ses risques propres sont comparés au parc résidentiel de loisirs sur PRL ou résidence de tourisme : la défaillance de l’exploitant y est le risque central, et le seul que l’on ne peut pas diluer.
Ce qu’il faut faire, dans l’ordre, quand la nouvelle tombe
| Quand | Quoi | Pourquoi |
|---|---|---|
| Dès la rumeur | Vérifier la situation de la société sur le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales ou au greffe du tribunal de commerce, par son numéro SIRET, qui figure sur la notice d’information | Une rumeur ne déclenche aucun délai ; une publication au Bodacc en déclenche un |
| Dans les deux mois de la publication | Déclarer par écrit au mandataire judiciaire toute somme que l’exploitant vous devait avant le jugement, pièces jointes | Passé ce délai, la créance est éteinte (articles L. 622-24 et R. 622-24) |
| Tout de suite | Continuer à payer la redevance pour les périodes où le parc fonctionne, en conservant les preuves de paiement | Le contrat continue, et votre propre impayé serait un motif de résiliation |
| Tout de suite | Relire le contrat : durée restante, clause de vente du parc, conditions de renouvellement et d’indemnisation | C’est le contrat qui décide de ce qui vous est dû si le parc change de mains ou ferme |
| Dans le mois | Se rapprocher des autres propriétaires du parc, écrire ensemble à l’administrateur ou au liquidateur pour faire connaître vos contrats et votre souhait de rester | Le tribunal arrête le plan au vu des observations des cocontractants (article L. 642-7) ; des occupants organisés pèsent sur le choix du repreneur |
| En continu | Maintenir l’assurance de l’hébergement et son entretien | Un parc en difficulté est un parc moins surveillé ; votre bien reste le vôtre |
| Si le contrat prend fin | Obtenir par écrit la date et les conditions de départ, chiffrer le transport, chercher un emplacement ou un acheteur qui emporte l’hébergement | Un hébergement laissé sur place après la fin du contrat n’a plus de droit d’y être |
Ce qu’il faut vérifier avant d’acheter, pour ne pas dépendre de la chance
Quatre vérifications réduisent ce risque à ce qu’il est, sans le faire disparaître. La solidité de l’exploitant d’abord : ses comptes déposés au greffe, son ancienneté, l’absence de procédure en cours, à lire avant d’acheter, comme le décrit l’audit d’un parc résidentiel de loisirs. La clause de vente du parc dans le contrat d’emplacement ensuite : si l’exploitant s’y réserve le droit de ne pas poursuivre les contrats en cas de vente, vous le savez avant de signer. La durée restante et les conditions de renouvellement, avec leur indemnisation si vous participez aux frais d’installation, parce qu’elles sont ce qui vous est dû le jour du non-renouvellement. Et, en parc à cession, la propriété des équipements communs, dans l’acte et dans les statuts. Les autres risques d’un achat en PRL, un par un, sont sur les risques d’un investissement en PRL, et ce que l’exploitant vous doit en temps normal sur exploitant de PRL, ce qu’il vous doit, ce qu’il décide.
Ce que cette page ne dit pas
Elle ne dit pas combien de parcs font défaut ni ce que les propriétaires y perdent en moyenne : personne ne le mesure. Elle ne remplace pas un conseil face à une procédure engagée, où les délais sont courts et les pièces décisives ; la méthode et les preuves à réunir sont sur conflit en PRL, la méthode et les preuves. Elle dit ce que le droit prévoit, et ce que votre contrat doit prévoir pour que ce droit vous serve.
Sources
- Code de commerce, article L. 622-13, continuation des contrats en cours malgré l’ouverture de la procédure, faculté de l’administrateur
- Code de commerce, article L. 641-11-1, continuation des contrats en cours en liquidation judiciaire
- Code de commerce, article L. 622-24, déclaration des créances nées avant le jugement d’ouverture au mandataire judiciaire
- Code de commerce, article R. 622-24, délai de déclaration de deux mois à compter de la publication du jugement au Bodacc
- Code de commerce, article L. 642-7, transfert des contrats de location et de fourniture nécessaires au maintien de l’activité dans le plan de cession
- Code civil, article 1743, l’acquéreur ne peut expulser le locataire dont le bail est authentique ou a date certaine, sauf clause de réserve pour les biens non ruraux
- Arrêté du 17 février 2014, annexe II : conditions de renouvellement et d’indemnisation en cas de non-renouvellement à l’initiative du gestionnaire dans la notice d’information
- Arrêté du 24 décembre 2014, article 3 : modalités de résiliation anticipée, frais, pénalités et préavis
- Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales, consultation des jugements d’ouverture et des mandataires désignés
Textes relus dans leur version en vigueur au 13 octobre 2026. Sujet juridique : en cas de procédure engagée contre votre exploitant, faites relire votre contrat par un conseil avant d’agir.
Foire aux questions
La liquidation de l’exploitant met-elle fin à mon contrat d’emplacement ?
Non. L’ouverture d’une procédure collective ne résilie aucun contrat en cours, quelle que soit la clause du contrat (Code de commerce, articles L. 622-13 et L. 641-11-1). C’est l’administrateur ou le liquidateur qui décide de poursuivre ou non le contrat, et qui doit y mettre fin s’il ne peut plus fournir la prestation. Continuez de payer la redevance des périodes où le parc fonctionne, et conservez vos preuves de paiement.
Comment récupérer mon dépôt de garantie ou une redevance payée d’avance ?
En déclarant votre créance par écrit au mandataire judiciaire, dans les deux mois de la publication du jugement d’ouverture au Bodacc, avec le montant, sa nature et les pièces (articles L. 622-24 et R. 622-24). La déclaration peut être faite par vous-même. Passé le délai, la créance est éteinte sauf relevé de forclusion. Vous serez payé selon le rang de votre créance et l’actif disponible, ce qui peut être peu.
Le repreneur du parc est-il obligé de me garder ?
Cela dépend de deux choses. Si le terrain est vendu, l’acquéreur ne peut pas expulser le locataire dont le bail est authentique ou a date certaine, sauf clause par laquelle le bailleur s’est réservé ce droit (Code civil, article 1743) ; un contrat sous seing privé n’a pas de date certaine par lui-même. Dans un plan de cession, le tribunal désigne les contrats transférés au repreneur (article L. 642-7). Lisez la clause de vente du parc de votre contrat : elle décide.
L’exploitant peut-il ne pas renouveler mon contrat sans me devoir rien ?
Il peut ne pas renouveler ; ce qu’il vous doit dépend du contrat. La notice d’information doit préciser les conditions de renouvellement et, si vous avez participé aux frais d’installation de l’hébergement, les conditions d’indemnisation en cas de non-renouvellement à son initiative. En dehors de ces clauses, aucun texte ne vous garantit un préavis minimal ni une indemnité. C’est avant de signer que cela se négocie.
En parc à cession, que devient le parc si le promoteur fait faillite ?
Votre parcelle reste à vous, par acte notarié. Les équipements communs sont hors de la liquidation s’ils ont été transférés à l’association syndicale, qui les gère et peut remplacer tout prestataire défaillant ; ils y entrent s’ils appartiennent encore au promoteur. Vérifiez ce transfert dans l’acte et les statuts avant d’acheter, et demandez-le en assemblée s’il n’a pas été fait.